L'art tient du "hasard objectif"dit-on...et l'art de François Legoubin, pour sa production actuelle, tient bien de cela en effet et de cette rencontre providentielle qu'il a faite, il y a quelques années, avec un lambeau froissé de kraft d'emballage goudronné ( non armé ) bousculé de caniveau en caniveau, aux caprices du vent,comme une âme abandonnée...Il a eu immédiatement le coup de foudre pour cette humble chose à la dérive, mais aux riches potentialités d'expression plastique, et il en a fait son intime compagnon de peinture quotidienne, sa matière à penser et sentir le monde qu'il aperçoit encore de sa maison, sur un sommet des hautes collines de l'Ariège. Entre les deux feuilles de kraft, il y a ce goudron, concentré de toute la noirceur du monde et de toute la souffrance que chacun possède au fond de soi... et que l'artiste sait sublimer et transcender.
Alors François Legoubin entreprend de scarifier cette piste d'envol de l'imaginaire. Alor,s il en naît des ombres, des personnages fantomatiques, qui se précisent par le passage au blanc, qui s'organisent dans l'espace, et qui, comme des âmes réincarnées, retrouvent entre elles une sorte de sociabilité rédemptrice par l'accomplissement de ce qui ressemble à des gestes quotidiens...Alors ces réincarnations, acquièrent cette présence fantastique et cette mystérieuse et lumineuse évidence des vérités extraites du plus profond de la matière noire et de la douleur d'Être.

Pierre Souchaud
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